27 janvier 2026 - Publié par Léa ROCOPLAN

Le don de tissus

Cet article présente le don de tissus dans sa globalité : son fonctionnement, son cadre légal et ses enjeux. Un geste de solidarité souvent méconnu, mais essentiel pour améliorer et sauver la vie de nombreuses personnes.

Un acte de solidarité encore trop méconnu

Lorsque l’on parle de don et de greffe, les organes viennent souvent spontanément à l’esprit. Pourtant, le don de tissus représente une part essentielle de la chaîne de solidarité médicale. Chaque année, il permet à des milliers de personnes de retrouver une fonction perdue, d’éviter un handicap majeur ou de mieux vivre après une maladie ou un accident.

La greffe de tissus ne concerne pas uniquement des situations extrêmes : elle touche l’ophtalmologie, la chirurgie réparatrice, l’orthopédie, la cardiologie ou encore la prise en charge des grands brûlé.es. Comprendre ces greffes, c’est mieux saisir l’impact concret et humain du don.

Les tissus en médecine

Un tissu est un ensemble de cellules organisées ayant une fonction spécifique dans le corps humain. Contrairement aux organes, qui remplissent plusieurs fonctions complexes, les tissus assurent un rôle ciblé mais fondamental.

Les tissus pouvant être greffés sont nombreux :

  1. La cornée, indispensable à la vision
  2. La peau, barrière protectrice vitale
  3. Les os, tendons et ligaments, garants de la mobilité
  4. Les vaisseaux sanguins, essentiels à la circulation sanguine
  5. Les valves cardiaques, indispensables au bon fonctionnement du cœur
  6. Certaines membranes biologiques utilisées en chirurgie réparatrice

Les principales greffes de tissus expliquées :

La greffe de cornée est l’une des plus courantes. Elle est indiquée lorsque la cornée devient opaque ou déformée. Grâce à cette greffe, des milliers de patients peuvent à nouveau lire, conduire ou reconnaître les visages de leurs proches.

La greffe de peau est essentielle dans la prise en charge des grands brûlés. La peau greffée protège l’organisme, limite la douleur, réduit le risque infectieux et permet une cicatrisation durable.

Les greffes osseuses, ligamentaires et tendineuses sont très utilisées en chirurgie orthopédique et traumatologique. Elles permettent de réparer des fractures complexes, de renforcer une articulation ou de restaurer une mobilité perdue.

Les greffes de vaisseaux et de valves cardiaques sont souvent vitales. Elles interviennent notamment chez les enfants atteints de malformations cardiaques ou chez des adultes souffrant de pathologies graves du cœur ou des artères.

La greffe de tissus vise à remplacer, réparer ou renforcer une zone du corps devenue défaillante. Même si elle est parfois moins visible qu’une greffe d’organe, son impact sur la vie des patient.es est souvent importante.

Comment le don de tissus est-il organisé ?

Le don de tissus suit un parcours bien structuré et sécurisé, qui varie selon que le donneur soit décédé ou vivant.

Don de tissus après décès

En France, la plupart des prélèvements de tissus sont réalisés après le décès d’une personne, dans le cadre du consentement présumé : toute personne est considérée comme donneuse d’organes et de tissus, sauf si elle a exprimé son opposition de son vivant, en s’inscrivant au Registre national des refus ou en en informant ses proches.

Une fois le décès constaté, les équipes médicales et les coordinations locales :

  1. Identifient le donneur potentiel
  2. Effectuent les prélèvements dans des délais plus larges que pour les organes (puisque les tissus ne nécessitent pas toujours les mêmes conditions de conservation immédiate)
  3. Traitent et analysent les tissus pour garantir leur qualité sanitaire
  4. Les conservent dans des banques spécialisées, où ils restent disponibles pour la greffe,
  5. Et les attribuent aux receveurs selon des critères médicaux, d’éthique et d’équité, supervisés par l’Agence de la biomédecine.

Ce parcours est assuré par une coordination étroite entre les équipes hospitalières, les services de prélèvement, les banques de tissus et l’Agence de la biomédecine, ce qui garantit sécurité, traçabilité et qualité des greffons.

Don de tissus chez le donneur vivant

Le don de tissus peut aussi, dans des cas très spécifiques, être réalisé chez une personne vivante, mais les situations sont très encadrées et limitées.

En droit français, la peau est le seul tissu qui puisse être prélevé sur un donneur vivant à des fins thérapeutiques spécifiques, sous conditions strictes :

  • le prélèvement ne peut se faire que si aucune autre option thérapeutique n’est disponible pour le receveur

  • il doit être réalisé sur un membre de la famille proche (comme frère, sœur, parent, oncle…, selon des critères détaillés par la loi)

  • l’établissement de santé qui prélève et traite le tissu doit être autorisé à le faire

Ces règles signifient que le don de tissus chez le vivant n’est pas une pratique courante, et n’est possible que dans des situations médicales très particulières et strictement définies.

À côté de ces cas très spécifiques, d’autres formes de don « vivant » existent (comme les cellules souches hématopoïétiques ou la moelle osseuse), mais elles suivent des procédures et des critères distincts de ceux du don de tissus anatomiques mentionnés ici.

Don de tissus en France : chiffres, loi et règles

En France, le don d’organes et de tissus est encadré par les lois de bioéthique et le Code de la santé publique, afin de garantir une pratique éthique, sécurisée et équitable. Trois principes fondamentaux structurent ce cadre légal :

  • le consentement présumé (toute personne est donneuse après son décès, sauf opposition exprimée)

  • la gratuité du don

  • l’anonymat entre donneur et receveur
    Ces règles sont précisées dans les articles L.1418-1 à L.1418-8 du Code de la santé publique et assurent également la traçabilité des greffons et la biovigilance, sous la coordination de l’Agence de la biomédecine.

En 2023, 6 948 donneurs décédés ont été prélevés en tissus, contre 6 226 en 2022, soit une hausse de 11,5 %. Les prélèvements de cornées ont augmenté de 12,1 %, ceux de veines de 9,9 %, de peau de 8,1 % et de valves cardiaques de 7,2 %, tandis que les prélèvements d’os ont légèrement diminué (-2,8 %).

Malgré ces chiffres, l’information reste un enjeu majeur : 80 % des Français se déclarent favorables au don, 93 % jugent important d’en parler à leurs proches, mais moins de la moitié l’ont fait. Seuls 24 % connaissent spontanément la loi du consentement présumé, soulignant l’importance de poursuivre les actions de sensibilisation.

Le don de tissus à l'échelle mondiale 

Le don et la greffe de tissus constituent un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Au niveau international, la sensibilisation au don de tissus est notamment portée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui reconnaît le prélèvement et la greffe de tissus comme une composante essentielle des systèmes de soins modernes. La Journée mondiale du don d’organes et de tissus, célébrée chaque 17 octobre, inclut pleinement le don de tissus dans ses actions de promotion et de prévention, en soulignant son impact concret et souvent méconnu.

Les données mondiales spécifiques aux tissus sont plus difficiles à centraliser que celles des organes, mais plusieurs réseaux nationaux et internationaux montrent une activité soutenue et en progression. Le Global Observatory on Donation and Transplantation (OMS-ONT) recense l’activité de transplantation dans plus de 90 pays et souligne le rôle croissant des banques de tissus dans l’accès aux greffons.

À titre d’exemple, en Allemagne, le réseau national de don de tissus (DGFG) a rapporté qu’en 2025, 4 585 dons de tissus ont permis de fournir des greffons à plus de 9 600 patients, la cornée restant le tissu le plus fréquemment prélevé et greffé. Cette tendance se retrouve dans de nombreux pays européens et internationaux, où le développement de structures dédiées a permis d’augmenter l’accès aux tissus tout en renforçant la sécurité sanitaire.

Cette dynamique mondiale s’explique par plusieurs facteurs :

  • l’amélioration des techniques de prélèvement et de conservation,

  • la structuration des banques de tissus,

  • une meilleure formation des professionnels,

  • et une sensibilisation progressive du public.

À l’échelle internationale, le don de tissus apparaît ainsi comme un levier essentiel pour répondre aux besoins médicaux croissants, tout en reposant sur les mêmes valeurs universelles : solidarité, respect du donneur et équité d’accès aux soins.

Mieux comprendre pour mieux transmettre !

Le don de tissus occupe une place essentielle en médecine, même s’il reste encore trop peu connu du grand public. Derrière chaque greffe de cornée, de peau, de valve ou d’os, il y a un geste profondément humain, rendu possible par une organisation rigoureuse et un cadre légal protecteur.

Mieux comprendre ce qu’est le don de tissus, comment il fonctionne et à qui il bénéficie, c’est aussi se donner les moyens d’en parler, de faire connaître sa position et de respecter la volonté de chacun. Car souvent, ce sont l’information et le dialogue qui transforment une intention solidaire en un acte qui, concrètement, peut changer des vies.

Et si la question n’était pas “vais-je donner ?”, mais “comment vais-je en parler à ceux que j’aime ?”
Chez Maaarc, nous pensons que c’est en ouvrant la conversation aujourd’hui que l’on fait vivre la solidarité demain.

Avec maaarc, nous pensons que c’est en ouvrant la conversation aujourd’hui que l’on fait vivre la solidarité demain.

(Sources : Agence de la Biomédecine, Légifrance, DGFG)

À savoir 💡​

Les tissus peuvent être prélevés dans des délais plus larges que les organes, ce qui facilite l’organisation.

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